31.08.2006

Jean-Paul II (65)


Lettre Apostolique Mane nobiscum Domine (7-X-2004), n. 1-2


"Reste avec nous, Seigneur, le soir approche" (Lc 24,29). Telle fut l'invitation insistante que les deux disciples, faisant route vers Emmaüs le soir même du jour de la résurrection, adressèrent au Voyageur qui s'était joint à eux le long du chemin. Habités par de tristes pensées, ils n'imaginaient pas que cet inconnu était bien leur Maître, désormais ressuscité. Ils faisaient toutefois l'expérience d'un "désir ardent" et profond (cf. ibid. 32), tandis qu'il leur parlait, leur "expliquant" les Écritures. La lumière de la Parole faisait fondre la dureté de leur cœur et "ouvrait leurs yeux" (cf. ibid., 31). Entre les ombres du jour déclinant et l'obscurité qui envahissait leur esprit, ce Voyageur était un rayon de lumière qui ravivait en eux l'espérance et qui ouvrait leurs cœurs au désir de la pleine lumière. "Reste avec nous", supplièrent-ils. Et il accepta. D'ici peu, le visage de Jésus aurait disparu, mais le Maître "demeurerait" sous le voile du "pain rompu", devant lequel leurs yeux s'étaient ouverts.

L'icône des disciples d'Emmaüs aide bien à orienter une Année qui verra l'Église particulièrement attentive à vivre le mystère de la Sainte Eucharistie. Sur la route de nos interrogations et de nos inquiétudes, parfois de nos cuisantes déceptions, le divin Voyageur continue à se faire notre compagnon pour nous introduire, en interprétant les Écritures, à la compréhension des mystères de Dieu. Quand la rencontre devient totale, à la lumière de la Parole succède la lumière qui jaillit du "Pain de vie", par lequel le Christ réalise de la manière la plus haute sa promesse d'être avec nous "tous les jours jusqu'à la fin du monde" (Mt 28,20).


30.08.2006

Benoît XVI (57)


Homélie, Dimanche 4 juin 2006, § 1-2 (Pentecôte)


Le jour de la Pentecôte, l'Esprit Saint descendit avec puissance sur les Apôtres ; ainsi commença la mission de l'Eglise dans le monde. Jésus avait lui-même préparé les Onze à cette mission en leur apparaissant plusieurs fois après sa résurrection (cf. Ac 1, 3). Avant son ascension au Ciel, il leur donna l'ordre de "ne pas quitter Jérusalem, mais d'y attendre ce que le Père avait promis" (cf. Ac 1, 4-5) ; il leur demanda en fait de demeurer ensemble pour se préparer à recevoir le don de l'Esprit Saint. Ils se réunirent en prière avec Marie au Cénacle, dans l'attente de l'événement promis (cf. Ac 1, 14).

Demeurer ensemble fut la condition posée par Jésus pour accueillir le don de l'Esprit Saint ; la condition nécessaire pour l'harmonie entre eux fut une prière prolongée. Une formidable leçon pour toute communauté chrétienne est présentée ici. On pense parfois que l'efficacité missionnaire dépend essentiellement d'une programmation attentive, suivie d'une mise en œuvre intelligente à travers un engagement concret. Le Seigneur demande certes notre collaboration, mais avant toute réponse de notre part, son initiative est nécessaire : le vrai protagoniste de l'Eglise est son Esprit. Les racines de notre être et de notre action se trouvent dans le silence sage et prévoyant de Dieu.


29.08.2006

Benoît XVI (56)


Regina Cæli, 30 avril 2006 (III Dimanche de Pâques)


Au cours du temps pascal la liturgie nous offre de multiples encouragements pour renforcer notre foi dans le Christ ressuscité. En ce troisième dimanche de Pâques par exemple, saint Luc raconte comment les deux disciples d'Emmaüs, après l'avoir reconnu "dans la fraction du pain", se rendirent, remplis de joie, à Jérusalem pour informer les autres de ce qui leur était arrivé. Et précisément au moment où ils parlaient, le Seigneur lui-même est apparu, montrant ses mains et ses pieds avec les signes de la passion. Puis, devant l'étonnement et l'incrédulité des Apôtres, Jésus se fit donner du poisson grillé et le mangea sous leurs yeux (cf. Lc 24, 35-43). Dans ce récit, comme dans d'autres, on ressent une invitation répétée à vaincre l'incrédulité et à croire à la résurrection du Christ, car ses disciples sont appelés à être des témoins précisément de cet événement extraordinaire. La résurrection du Christ est l'élément central du christianisme, une vérité fondamentale qui doit être réaffirmée avec force en tout temps, car la nier comme on a tenté de le faire de différentes manières et comme on continue de le faire, ou la transformer en un événement purement spirituel, équivaut à rendre vaine notre foi elle-même. "Mais si le Christ n'est pas ressuscité - affirme saint Paul - vide alors est notre message, vide aussi votre foi" (1 Co 15, 14).


28.08.2006

Benoît XVI (55)


Discours, 4 juillet 2005, §4
(à un pèlerinage de l'archidiocèse de Madrid)


...l'Esprit nous exhorte à faire parvenir à chaque homme et à chaque femme l'Amour que Dieu le Père a montré en Jésus Christ. Cet amour est vif, généreux, inconditionné, et il s'offre non seulement à ceux qui écoutent le messager, mais également à ceux qui l'ignorent ou le refusent. Chaque fidèle doit se sentir appelé à aller, en tant qu'envoyé du Christ, à la recherche de ceux qui se sont éloignés de la communauté, comme ces disciples d'Emmaüs qui avaient cédé au découragement (cf. Lc 24, 13-35). Il faut aller jusqu'aux extrémités de la société pour apporter à tous la lumière du message du Christ sur la signification de la vie, de la famille et de la société, en rejoignant les personnes qui vivent dans le désert de l'abandon et de la pauvreté, et en les aimant avec l'Amour du Christ ressuscité. Dans chaque apostolat, et dans l'annonce de l'Evangile, comme le dit saint Paul, si "je n'ai pas la charité je ne suis rien" (1 Co 13, 2).


27.08.2006

Benoît XVI (54)


Regina Cæli, 8 mai 2005 (VII Dimanche de Pâques)


Aujourd'hui dans de nombreux pays, dont l'Italie, est célébrée la solennité de l'Ascension du Seigneur au Ciel. Lors de cette fête, la Communauté chrétienne est invitée à tourner son regard vers Celui qui, quarante jours après sa résurrection, à l'émerveillement des Apôtres "sous leurs regards, [...] s'éleva, et une nuée le déroba à leurs yeux" (Ac 1, 9). Nous sommes donc appelés à renouveler notre foi en Jésus, l'unique véritable ancre de salut pour tous les hommes. En montant au Ciel, il a rouvert la voie vers notre patrie définitive, qu'est le paradis. A présent, par la puissance de son Esprit, il nous soutient dans notre pèlerinage quotidien sur la terre. (...)

Après que le Seigneur fut monté au Ciel, les disciples se réunirent en prière au Cénacle, avec la Mère de Jésus (cf. Ac 1, 14), en invoquant ensemble l'Esprit Saint, qui allait les revêtir de puissance pour le témoignage qu'ils devaient rendre du Christ ressuscité (cf. Lc 24, 49; Ac 1, 8). Chaque communauté chrétienne, unie à la Très Sainte Vierge, revit ces jours-ci cette expérience spirituelle singulière en préparation à la solennité de la Pentecôte. Nous aussi, nous nous adressons à présent à Marie à travers le chant du Regina Caeli, en implorant sa protection sur l'Eglise et en particulier sur tous ceux qui se consacrent à l'œuvre d'évangélisation à travers les moyens de communication sociale.


26.08.2006

Jean-Paul II (64)


Homélie, 19 avril 2003, n. 2-3 (Veillée Pascale)


Ô sublime mystère de cette sainte Nuit ! Nuit durant laquelle nous revivons l’événement extraordinaire de la Résurrection ! Si le Christ était demeuré prisonnier du tombeau, l’humanité et la création tout entière auraient, d’une certaine manière, perdu leur sens. Mais toi, Ô Christ, tu es vraiment Ressuscité ! (...)

En cette nuit de la Résurrection, tout recommence à partir du "commencement" ; la création retrouve sa signification authentique dans le plan du salut. C’est comme un nouveau départ de l’histoire et du cosmos, parce que le Christ est ressuscité, pour être parmi les morts le premier ressuscité (1 Co 15, 20). Lui, le dernier Adam, est devenu l’être spirituel qui donne la vie (1 Co 15, 45).

Même le péché de nos premiers parents est chanté, lors de l’Exsultet pascal, comme felix culpa, "bienheureuse faute de l’homme, qui valut au monde le seul Rédempteur !". Là où le péché a abondé, maintenant la grâce surabonde et la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle (Ps 117, 22) d’un édifice spirituel indestructible.

En cette sainte Nuit, est né un peuple nouveau, avec lequel Dieu lui-même a scellé une alliance éternelle dans le sang du Verbe incarné, crucifié et ressuscité.


25.08.2006

Jean-Paul II (63)


Lettre Apostolique Novo Millennio ineunte (6-I-2001), n. 35


Depuis deux mille ans, le temps chrétien est scandé par la mémoire de ce "premier jour après le sabbat" (cf. Mc 16,2.9; Lc 24,1; Jn 20,1), où le Christ ressuscité fit aux Apôtres le don de la paix et de l'Esprit (cf. Jn 20,19-23). La vérité de la résurrection du Christ est le donné originel sur lequel s'appuie la foi chrétienne (cf. 1 Cor 15,14), événement qui se place au centre du mystère du temps et qui préfigure le dernier jour, lorsque le Christ reviendra dans la gloire. Nous ne savons pas quels événements nous réservera le millénaire qui commence, mais nous avons la certitude qu'il demeurera solidement dans les mains du Christ, le "Roi des rois et Seigneur des seigneurs" (Ap 19,16), et justement en célébrant sa Pâque, non seulement une fois dans l'année, mais chaque dimanche, l'Église continuera à "montrer à chaque génération ce qui constitue l'axe porteur de l'histoire, auquel se rattachent le mystère des origines et celui de la destinée finale du monde" (Lettre Apostolique Dies Domini (31-V-1998), n. 2).


24.08.2006

Jean-Paul II (62)


Lettre Apostolique Rosarium Virginis Mariae (16-X-2002), n. 23


"La contemplation du visage du Christ ne peut s'arrêter à son image de crucifié. Il est le Ressuscité !" (Lettre apostolique Novo millennio ineunte, 6 janvier 2001, n.28). Depuis toujours le Rosaire exprime cette conscience de la foi, invitant le croyant à aller au-delà de l'obscurité de la Passion, pour fixer son regard sur la gloire du Christ dans la Résurrection et dans l'Ascension. En contemplant le Ressuscité, le chrétien redécouvre les raisons de sa propre foi (cf. 1Co 15,14), et il revit la joie non seulement de ceux à qui le Christ s'est manifesté – les Apôtres, Marie-Madeleine, les disciples d'Emmaüs –, mais aussi la joie de Marie, qui a dû faire une expérience non moins intense de la vie nouvelle de son Fils glorifié. À cette gloire qui, par l'Ascension, place le Christ à la droite du Père, elle sera elle-même associée par l'Assomption, anticipant, par un privilège très spécial, la destinée réservée à tous les justes par la résurrection de la chair. Enfin, couronnée de gloire – comme on le voit dans le dernier mystère glorieux –, elle brille comme Reine des Anges et des Saints, anticipation et sommet de la condition eschatologique de l'Église.


23.08.2006

Benoît XVI (53)


Homélie, 15 avril 2006, §2 (Veillée Pascale)


À Pâques, nous nous réjouissons parce que le Christ n’est pas resté dans le tombeau, son corps n’a pas connu la corruption ; il appartient au monde des vivants, non à celui des morts ; nous nous réjouissons par ce qu’Il est – ainsi que nous le proclamons dans le rite du cierge pascal – l’Alpha et en même temps l’Oméga ; il existe donc non seulement hier, mais aujourd’hui et pour l’éternité (cf. He 13, 8). Cependant, la résurrection est, en quelque sorte, située tellement au-delà de notre horizon, de même qu’au-delà de toutes nos expériences, que, lorsque nous faisons retour en nous-mêmes, nous en sommes à poursuivre la discussion des disciples : en quoi consiste précisément le "fait de ressusciter" ? Qu’est ce que cela signifie pour nous ? Pour le monde et pour l’histoire dans leur ensemble ? Un théologien allemand a dit une fois, de manière ironique, que le miracle d’un cadavre réanimé – si toutefois cela s’était réellement produit, ce à quoi d’ailleurs il ne croyait pas –, serait en fin de compte sans importance puisque, précisément, nous ne serions pas concernés. En effet, si une fois quelqu’un avait été réanimé, et rien d’autre, en quoi cela devrait-il nous concerner ? Mais, précisément, la résurrection du Christ est bien plus, il s’agit d’une réalité différente. Elle est – si nous pouvons pour une fois utiliser le langage de la théorie de l’évolution – la plus grande "mutation", le saut absolument le plus décisif dans une dimension totalement nouvelle qui soit jamais advenue dans la longue histoire de la vie et de ses développements : un saut d’un ordre complètement nouveau, qui nous concerne et qui concerne toute l’histoire.


22.08.2006

Benoît XVI (52)


Audience générale, 19 avril 2006, §2


L’évangéliste saint Jean raconte que Jésus, après sa résurrection, confia à Pierre le soin de son troupeau. Pierre, les autres Apôtres et leurs successeurs, ont répandu dans le monde entier le message évangélique, dont le mystère pascal – la passion, la mort et la résurrection de Jésus – constitue le centre. L’Église célèbre aussi ce mystère chaque dimanche, jour où nous faisons mémoire de la résurrection du Seigneur. Le Christ est ressuscité ; il est vivant pour toujours. Il nous invite à devenir des témoins joyeux de l’Évangile ; cela ne signifie pas se désintéresser des réalités terrestres, mais insuffler dans ses activités humaines une respiration surnaturelle.


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