23.09.2006

Benoît XVI (60)


Audience générale, 30 août 2006, §4


La bonne annonce de l'Evangile consiste précisément en cela : dans l'offrande de la grâce de Dieu au pécheur ! Ailleurs, dans la célèbre parabole du pharisien et du publicain montés au Temple pour prier, Jésus indique même un publicain anonyme comme exemple appréciable d'humble confiance dans la miséricorde divine : alors que le pharisien se vante de sa propre perfection morale, "le publicain... n'osait même pas lever les yeux vers le ciel, mais il se frappait la poitrine en disant : 'Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !'" Et Jésus commente : "Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé" (Lc 18, 13-14). Dans la figure de Matthieu, les Evangiles nous proposent donc un véritable paradoxe : celui qui est apparemment le plus éloigné de la sainteté peut même devenir un modèle d'accueil de la miséricorde de Dieu et en laisser entrevoir les merveilleux effets dans sa propre existence.


23.06.2006

Benoît XVI (37)


Audience générale, 2 novembre 2005, n. 4


Nous tournons notre regard sur le visage serein de l'homme fidèle qui "fait largesse, il donne aux pauvres" et nous nous en remettons, pour notre réflexion de conclusion, aux paroles de Clément d'Alexandrie, le Père de l'Eglise du II siècle, qui a commenté une affirmation difficile du Seigneur. Dans la parabole sur l'administrateur injuste apparaît l'expression selon laquelle nous devons faire le bien avec l'"argent injuste". De là naît la question : l'argent, la richesse, sont-ils eux-mêmes injustes, ou que veut dire le Seigneur ? Clément d'Alexandrie explique très bien ce mot dans son homélie : "Quel riche se sauvera ?" et dit : Jésus "déclare injuste par nature toute possession que quelqu'un possède pour lui-même comme un bien propre et qu'il ne met pas en commun pour ceux qui en ont besoin ; mais il déclare également que, à partir de cette injustice, il est possible d'accomplir une œuvre juste et salutaire, en donnant le repos à l'un de ces petits qui ont une demeure éternelle auprès du Père (cf. Mt 10, 42; 18, 10)" (31, 6 : Collana di Testi Patristici, CXLVIII, Rome 1999, pp. 56-57).

Et, s'adressant aux lecteurs, Clément avertit : "Tout d'abord, sache qu'il ne t'a pas commandé de te faire prier ni d'attendre d'être supplié, mais il faut que tu cherches toi-même ceux qui sont dignes d'être écoutés, en tant que disciples du Sauveur" (31, 7 : ibid, p. 57).

Puis, ayant recours à un autre texte biblique, il commente : "Ce que dit l'Apôtre est donc beau : "Dieu aime qui donne avec joie" (2 Co 9, 7), celui qui se réjouit de donner et qui ne sème pas chichement, pour ne pas recueillir de la même façon, mais qui partage sans regrets ni distinctions ou douleur; c'est là une authentique manière de faire le bien" (31, 8 : ibid.).


22.06.2006

Benoît XVI (36)


Discours, 19 novembre 2005, n. 3-4
(aux participants à la XX Conférence
internationale sur le génome humain)


Le croyant, du reste, sait bien que l'Evangile possède une harmonie intrinsèque avec les valeurs inscrites dans la nature humaine. L'image de Dieu est si profondément ancrée dans l'âme de l'homme que la voix de la conscience peut difficilement être totalement réduite au silence. A travers la parabole du semeur, Jésus, dans l'Evangile, nous rappelle qu'il existe toujours un terrain fertile dans lequel la semence s'enracine, germe et porte du fruit. Même les hommes qui ne se reconnaissent plus comme membres de l'Eglise ou qui ont même perdu la lumière de la foi, demeurent quoi qu'il en soit attentifs aux valeurs humaines et aux contributions positives que l'Evangile peut apporter au bien personnel et social.

Il est facile de s'en rendre compte en particulier en réfléchissant sur ce qui constitue l'objet de votre Conférence : les hommes de notre temps, rendus encore plus sensibles par les terribles événements qui ont assombri le XX siècle et le début même du nouveau siècle, sont en mesure de bien comprendre la façon dont la dignité de l'homme ne s'identifie pas avec les gènes de son ADN, et ne diminue pas à cause de l'éventuelle présence de différences physiques ou de défauts génétiques. Le principe de "non discrimination", sur la base de facteurs physiques ou génétiques, est profondément entré dans les consciences et il est formellement énoncé dans les Chartes sur les droits de l'homme. Ce principe trouve son fondement le plus authentique dans la dignité inscrite dans chaque homme en vertu du fait d'être créé à l'image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26). D'ailleurs, l'analyse sereine des données scientifiques conduit à reconnaître la présence de cette dignité dans toutes les phases de la vie humaine, en commençant par le premier moment de la fécondation.


14.06.2006

Benoît XVI (32)


Homélie, Dimanche 24 avril 2005, §4
Messe inaugurale du pontificat


En réalité, le symbolisme du Pallium est encore plus concret : la laine d’agneau entend représenter la brebis perdue ou celle qui est malade et celle qui est faible, que le pasteur met sur ses épaules et qu’il conduit aux sources de la vie. La parabole de la brebis perdue que le berger cherche dans le désert était pour les Pères de l’Église une image du mystère du Christ et de l’Église. L’humanité – nous tous – est la brebis perdue qui, dans le désert, ne trouve plus son chemin. Le Fils de Dieu ne peut pas admettre cela ; il ne peut pas abandonner l’humanité à une telle condition misérable. Il se met debout, il abandonne la gloire du ciel, pour retrouver la brebis et pour la suivre, jusque sur la croix. Il la charge sur ses épaules, il porte notre humanité, il nous porte nous-mêmes. Il est le bon pasteur, qui donne sa vie pour ses brebis. Le Pallium exprime avant tout que nous sommes portés par le Christ. Mais, en même temps, le Christ nous invite à nous porter les uns les autres. Ainsi, le Pallium devient le symbole de la mission du pasteur, dont parle la deuxième lecture et l’Évangile.


13.06.2006

Jean-Paul II (42)


Encyclique Dives in Misericordia (30-XI-1980), n. 6


La description précise de l'état d'ame de l'enfant prodigue nous permet de comprendre avec exactitude en quoi consiste la miséricorde divine. Il n'y a aucun doute que, dans cette simple mais pénétrante analogie, la figure du père de famille nous révèle Dieu comme Père. Le comportement du père de la parabole, sa manière d'agir, qui manifeste son attitude intérieure, nous permet de retrouver les différents aspects de la vision vétéro-testamentaire de la miséricorde dans une synthèse totalement nouvelle, pleine de simplicité et de profondeur. Le père de l'enfant prodigue est fidèle à sa paternité, fidèle à l'amour dont il comblait son fils depuis toujours. Cette fidélité ne s'exprime pas seulement dans la parabole par la promptitude de l'accueil, lorsque le fils revient à la maison après avoir dilapidé son héritage ; elle s'exprime surtout bien davantage par cette joie, par cette fête si généreuse à l'égard du prodigue après son retour qu'elle suscite l'opposition et l'envie du frère aîné qui, lui, ne s'était jamais éloigné de son père et n'avait jamais abandonné la maison.

La fidélité à soi-même de la part du père - un aspect déjà connu par le terme vétéro-testamentaire «hesed» - est en même temps exprimée d'une manière particulièrement chargée d'afféction. Nous lisons en effet que le père, voyant l'enfant prodigue revenir à la maison, «fut pris de pitié, courut se jeter à son cou et l'embrassa tendrement» . Il agit évidemment poussé par une profonde affection, et cela peut expliquer aussi sa générosité envers son fils, générosité qui indignera tellement le frère aîné. Cependant, les causes de cette émotion doivent être recherchées plus profondément : le père est conscient qu'un bien fondamental a été sauvé, l'humanité de son fils. Bien que celui-ci ait dilapidé son héritage, son humanité est cependant sauve. Plus encore, elle a été comme retrouvée. Les paroles que le père adresse au fils aîné nous le disent : «Il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé !». Dans le même chapitre XV de l'Evangile selon saint Luc, nous lisons la parabole de la brebis perdue, puis celle de la drachme retrouvée. Chaque fois y est mise en relief la même joie que dans le cas de l'enfant prodigue. La fidélité du père à soi-même est totalement centrée sur l'humanité du fils perdu, sur sa dignité. Ainsi s'explique surtout sa joyeuse émotion au moment du retour à la maison.