13.05.2006

Benoît XVI (9)


Discours, Lundi 27 février 2006, §2
(Aux participants au Congrès International
sur l'embryon humain promu par
l'Académie Pontificale pour la Vie)


Comme on peut bien le comprendre, ni l'Ecriture Sainte, ni la Tradition chrétienne la plus antique ne peuvent contenir des orientations explicites à propos de votre thème. Toutefois, lorsque saint Luc rapporte la rencontre de la Mère de Jésus, qui l'avait conçu en son sein virginal depuis quelques jours seulement, avec la mère de Jean-Baptiste, qui se trouvait déjà au sixième mois de grossesse, il témoigne de la présence active, bien que cachée, des deux enfants : "Et il advint, dès qu'Elisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l'enfant tressaillit en son sein" (Lc 1, 41). Saint Ambroise commente : Elisabeth "perçut l'arrivée de Marie, lui (Jean) l'arrivée du Seigneur ; la femme l'arrivée de la femme, l'enfant l'arrivée de l'enfant" (Comm. in Luc., 2, 19.22-26). Toutefois, malgré le manque d'enseignements explicites sur les tout premiers jours de vie de l'enfant à naître, il est possible de trouver dans l'Ecriture Sainte de précieuses indications qui motivent des sentiments d'admiration et de respect à l'égard de l'homme à peine conçu, en particulier pour ceux qui, comme vous, se proposent d'étudier le mystère de la procréation humaine. En effet, les livres sacrés entendent montrer l'amour de Dieu envers chaque être humain avant même qu'il prenne forme dans le sein de sa mère. "Avant même de te former au ventre maternel, je t'ai connu; avant même que tu sois sorti du sein, je t'ai consacré" (Jr 1, 5), dit Dieu au prophète Jérémie. Et le Psalmiste reconnaît avec gratitude : "C'est toi qui m'as formé les reins, qui m'as tissé au ventre de ma mère : je te rends grâce pour tant de prodiges : merveille que je suis, merveille que tes œuvres. Mon âme tu la connais bien" (Ps 139, 13-14). Il s'agit de paroles qui acquièrent toute la richesse de leur signification quand on pense que Dieu intervient directement dans la création de l'âme de chaque nouvel être humain.


11.05.2006

Benoît XVI (6)


Homélie, Samedi 25 mars 2006, § 5
Solennité de l'Annonciation du Seigneur
(Célébration eucharistique pour la remise de
l'anneau aux nouveaux cardinaux)


En ce monde, tout passe. Dans l'éternité, seul l'Amour demeure. Pour cette raison, chers frères, profitant du temps propice du Carême, efforçons-nous de nous assurer que toute chose dans notre vie personnelle comme dans l'activité ecclésiale dans laquelle nous sommes engagés, est dictée par la charité et tendue vers la charité. Le mystère que nous célébrons aujourd'hui nous éclaire également à ce propos. En effet, le premier geste accompli par Marie, après avoir entendu le message de l'Ange, a été celui de se rendre "en hâte" chez sa cousine Elisabeth pour lui proposer ses services (cf. Lc 1, 39). L'initiative de la Vierge fut une initiative de charité authentique, humble et courageuse, dictée par la foi dans la Parole de Dieu et l'élan intérieur de l'Esprit Saint. Celui qui aime s'oublie lui-même et se met au service de son prochain. Voici l'image et le modèle de l'Eglise ! (...) C'est la voie sur laquelle j'ai voulu engager mon pontificat, en invitant chacun, avec ma première Encyclique, à édifier l'Eglise dans la charité, comme une "communauté d'amour" (cf. Deus caritas est, Deuxième partie).


Jean-Paul II (6)


Homélie, Dimanche 15 août 2004, n. 3
Prairie de la Ribère (Lourdes)


En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne... (Lc 1, 39). Les paroles du récit évangélique nous font percevoir avec les yeux du cœur la jeune fille de Nazareth en chemin vers la ville de Judée où demeurait sa cousine, pour lui offrir ses services. Ce qui nous touche avant tout en Marie, c’est son attention pleine de tendresse envers sa parente âgée. C’est un amour concret qui ne se limite pas à des paroles de compréhension mais qui s’engage personnellement dans une véritable assistance. A sa cousine, la Vierge ne donne pas simplement quelque chose qui lui appartient ; elle se donne elle-même, sans rien demander en retour. Elle a parfaitement compris que, plus qu’un privilège, le don reçu de Dieu est un devoir, qui l’engage envers les autres dans la gratuité qui est le propre de l’amour.


08.05.2006

Jean-Paul II (5)


Encyclique Ecclesia de Eucharistia, nn. 55 et 58


"Heureuse celle qui a cru" (Lc 1, 45) : dans le mystère de l'Incarnation, Marie a aussi anticipé la foi eucharistique de l'Église. Lorsque, au moment de la Visitation, elle porte en son sein le Verbe fait chair, elle devient, en quelque sorte, un "tabernacle" – le premier "tabernacle" de l'histoire – dans lequel le Fils de Dieu, encore invisible aux yeux des hommes, se présente à l'adoration d'Elisabeth, "irradiant" quasi sa lumière à travers les yeux et la voix de Marie (n. 55).

Dans l'Eucharistie, l'Église s'unit pleinement au Christ et à son sacrifice, faisant sien l'esprit de Marie. C'est une vérité que l'on peut approfondir en relisant le Magnificat dans une perspective eucharistique. En effet, comme le cantique de Marie, l'Eucharistie est avant tout une louange et une action de grâce. Quand Marie s'exclame : "Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur", Jésus est présent en son sein. Elle loue le Père "pour" Jésus, mais elle le loue aussi "en" Jésus et "avec" Jésus. Telle est précisément la véritable "attitude eucharistique" (n. 58).


Benoît XVI (4)


Encyclique Deus caritas est (25-XII-2005), n. 41


Parmi les saints, il y a par excellence Marie, Mère du Seigneur et miroir de toute sainteté. Dans l’Évangile de Luc, nous la trouvons engagée dans un service de charité envers sa cousine Élisabeth, auprès de laquelle elle demeure "environ trois mois" (1, 56), pour l’assister dans la phase finale de sa grossesse. Magnificat anima mea Dominum, dit-elle à l’occasion de cette visite – "Mon âme exalte le Seigneur" – (Lc 1, 46). Elle exprime ainsi tout le programme de sa vie : ne pas se mettre elle-même au centre, mais faire place à Dieu, rencontré tant dans la prière que dans le service du prochain – alors seulement le monde devient bon. Marie est grande précisément parce qu’elle ne veut pas se rendre elle-même grande, mais elle veut rendre Dieu grand. Elle est humble : elle ne veut être rien d’autre que la servante du Seigneur (cf. Lc 1, 38. 48). Elle sait qu’elle contribue au salut du monde, non pas en accomplissant son œuvre, mais seulement en se mettant pleinement à la disposition des initiatives de Dieu. Elle est une femme d’espérance : uniquement parce qu’elle croit aux promesses de Dieu et qu’elle attend le salut d’Israël ; l’ange peut venir chez elle et l’appeler au service décisif de ces promesses. C’est une femme de foi : "Heureuse celle qui a cru", lui dit Élisabeth (Lc 1, 45). Le Magnificat – portrait, pour ainsi dire, de son âme – est entièrement brodé de fils de l’Écriture Sainte, de fils tirés de la Parole de Dieu. On voit ainsi apparaître que, dans la Parole de Dieu, Marie est vraiment chez elle, elle en sort et elle y rentre avec un grand naturel. Elle parle et pense au moyen de la Parole de Dieu ; la Parole de Dieu devient sa parole, et sa parole naît de la Parole de Dieu. De plus, se manifeste ainsi que ses pensées sont au diapason des pensées de Dieu, que sa volonté consiste à vouloir avec Dieu. Étant profondément pénétrée par la Parole de Dieu, elle peut devenir la mère de la Parole incarnée.